Chérusques

Les Chérusques parmi Les Trente :

Quand les Clans de la « Ligue » embrassèrent leur Destin tous ne connurent pas le même sort, certains le manquant, d’autres le forgeant à leur Gloire… les Chérusques connurent l’une et l’autre de ces destinées ! Intelligents, fins stratèges, de haute noblesse et culture, ceux-là ne s’intéressèrent pourtant que peu aux événements d’un monde toujours mouvant. Ce dernier les rattrapa les faisant esclaves de Rome dont l’un de leur noble enfant… Devenu un brillant citoyen Romain, celui-là seul libéra ses Frères de naissance !
Il eut pour nom Arminius et l’Histoire ne se souvint de son peuple que par son seul nom d’« Arminius le Chérusques »…


A venir : « La Bataille de Teutoburg »


Les Chérusques

(Les Insoumis d'Arminius)


Les Chérusques (Cherusci en Latin) sont parmi les peuples Germains l’un des plus raffinés mais aussi plus atypique. Ils semblent avoir été ainsi moins dur, martial et intransigeant que les autres, en particulier par rapport à ceux l’entourant.
Le Royaume Chérusques s’étendait de l’Elbe à la Forêt de Teutoburg.
Toutefois on peut penser qu’ils peuplaient plus les zones déboisées et les marécages, les Forêts étant le domaine des Chattes. Leur pays était donc restreint entre ces derniers, les Marcomans, les Ubiens et le reste des Clans Germains de la région, les Chauques et les Foses entre-autre.
Se trouvant ainsi insérés les Chérusques ne connurent que peu de conflits à leurs premiers temps étant « couvert » sur toutes leurs frontières. Toutefois si cette longue période de paix favorisa leur culture, leurs mœurs paisibles et pour tout dire une certaine indolence, elle affaiblit leur caractère guerrier et créa une sorte de cour royale « évoluée » où les intrigues politiques prirent souvent le pas.
On peut penser qu’ils vécurent néanmoins dans le souvenir de la soumission de leur peuple par César et par les souffrances que nombre d’entre-eux soient devenus esclaves de Rome. Sans doute quelques hommes valeureux n’en oublièrent pas les menaces et restèrent plus que d’autre prêt à résister et à se battre. Ce qui s’avéra encore d’un grand secours quand Arminius parvint à leur redonner courage et honneur…

Mais le mal était là et les Chérusques qui connurent une grande Fortune (peut-être usurpée) devinrent plus consensuels, moins honnêtes aussi et plus veules. Dans tout les cas après qu’Arminius soit trahi par sa cour, les Chérusques se trouvèrent moqués par les autres Germains et des troubles les firent apparemment quitter leur territoire sans gloire !

Chroniques Chérusques

- 50 ? : Jules César mentionne pour la première fois les Chérusques qu’il soumettra.
-12 : Les Chérusques se soulèvent contre Rome et regagne leur liberté.
-16 : Naissance d’Arminius, fils du chef de guerre Segimerus.
4 : Arminius, citoyen et officier Romain, dirige un détachement Chérusques.
7/8 : Arminius œuvre pour que les Clans Germaniques du Rhin s’unissent contre Rome.
9 : Participent à la révolte contre Varus.
13 : Les Chérusques repoussent l’offensive du Général Caecina.
15/16 : Participent à la guerre contre Germanicus.
19 : Début d’invasion des Chérusques au royaume Marcomans, fuite de leur chef Marbod à Rome.
21 : Mort d’Arminius alors Roi des Chérusques.

Voilà ce qu’en rapportait Tacite dans son Germania, Chapitre XXXVI :

A côté des Cauques et des Cattes, les Chérusques (1) nourrirent longtemps la molle et indolente oisiveté d'une paix que personne ne troublait : calme plus doux qu'il n'était sûr ! Car, auprès de voisins ambitieux et puissants, le repos est trompeur. Vienne l'heure des combats; modération, probité, sont les vertus de qui sera le plus fort. Aussi parlait-on jadis des bons, des équitables Chérusques ; et on les traite maintenant d'insensés et de lâches : pour les Cattes victorieux le bonheur est devenu sagesse. La ruine des Chérusques a entraîné les Foses (2), nation limitrophe, qui partage avec égalité leur mauvaise fortune, quoiqu'elle ne fût pas leur égale dans la bonne.

Si on en croit ces quelques écrits et d’autres, il semble que les Chérusques aient fini par quitter leur pays en direction de la Saxe plus au Nord sans qu’on sache où ils résidèrent et s’ils s’assimilèrent avec les Saxons. En outre on les donne également avec les Sicambres comme fondateurs des Francs mais rien n’est moins certain. Une dernière hypothèse les aurait fait rejoindre les Chattes mais là encore rien ne l’affirme. Enfin l’Histoire demeure muette sur les circonstances étranges qui les firent si vite disparaître des « Chroniques » !

La mort du héros Arminius fut-elle le glas de l’union de ce peuple ? Les intrigues prirent-elles comme souvent au sein des royautés Germaniques le pas sur toute cohésion ? Et pourquoi les autres peuples finirent-ils par les moquer ?

La soumission des Chérusques


L’Histoire Chérusques débute dans les Annales avec l’arrivée de Jules César en leur pays.
C’est aussi pour leur malheur le début de leur soumission ! En l’An 12 BCE ils parviendront héroïquement à reprendre cette liberté mais une partie du peuple resta fédérée à Rome et beaucoup demeurèrent toujours esclaves, parfois enrôlés dans l’armée de l’Empire. Le reste de leur histoire est intimement lié à celle d’Arminius (voir ci-dessous) qui, vivant à Rome, saura avec intelligence gravir les rangs de l’armée Romaine.
Cet homme incroyable, symbole de la propagande Romaine pour « civiliser » les Barbares, cacha cependant à tous son désir brûlant de redonner l’honneur à son peuple…

Arminius


Né en l’An 16 BCE, fils du grand chef de guerre Segimerus, Arminius (« Irmin » en Germain, « Grand ») est envoyé très tôt à Rome où il deviendra un officier et un citoyen. Il y commandera une troupe de Chérusques fédérés aux légions Romaines. Toutefois, jamais il n’oubliera sa Germanie natale ni la vengeance réclamée par son ancien peuple.
Au début de l’An 7 il est envoyé en Germanie auprès de Varus pour conquérir le pays des Chérusques insoumis. Il n’aura alors de cesse de rencontrer secrètement les chefs des Clans Germains de la région dont les puissants Chattes. En outre il séduit Varus et lui indiquera qu’un soulèvement Germain se prépare au Nord. Varus confiant se laisse guider par Arminius qui lui fait pénétrer les fameuses Forêts Chattes, sombres et marécageuses.
Le détachement d’Arminius se retourne alors contre les légions de Varus avec l’aide des Chattes en particulier !

Après cette défaite de Varus qui rendit presque fou son Empereur, jamais plus ce territoire ne fut permis aux Romains. D’ailleurs quelques temps plus tard se seront les Chattes seuls qui repousseront le successeur de Varus, Germanicus…
Dés lors fut décidé l’édification des Limes Rhénanes pour protéger l’Empire !
De son côté Arminius essaya d’unifier cette partie de la Germanie mais en vain. Il eut pourtant à repousser pendant plusieurs années d’autres Légions Romaines décidées à venger les leur.
En l’An 15, Arminius est trahi par sa famille et sa cour qui livreront sa femme Thusnelda à Germanicus l’emportant comme « trophée » à Rome d’où elle ne reviendra jamais ni d’ailleurs le fils qu’elle portait !
On ne sait qu’elles furent ses représailles ni son désespoir. Il meurt ainsi trahi en l’An 21 (cette fois probablement assassiné par des membres de sa cour ou de sa famille), restant pour l’Histoire l’un des plus grands défenseurs de la Germanie. Une gloire qui aurait mieux trouvé sa place parmi les Chattes que parmi les intrigues de la cour Chérusques…

La vengeance d’Arminius et des Chérusques


Arminius, comme on l’a vu alors de retour en Germanie, fomentera pendant quelques années dans l’ombre de ses prérogatives Romaines pour réunir les Chérusques et passer alliances avec d’autres Clans Germains tels les Chattes. Arminius avait élaboré depuis toujours cette vengeance se remémorant l’ancienne soumission de son peuple Chérusques par César lui-même.
Alors il attira Varus, le Général conquérant Romain, dans les bois, domaine des Chattes.
La bataille de la forêt de Teutoburg (ou Teutberg), ou bataille du Teutoburger Wald, est l’un des épisodes les plus guerriers de ce premier siècle en l’An 9 exactement.
Ainsi le décrit l’historien Romain Don Cassius :

« Varus était chargé de marcher sur les rebelles avec trois légions. Il avait contraint les Chérusques et d’autres tribus à payer l’impôt et les avait traités comme des esclaves. Les Germains ne souffraient cela pas davantage que la domination étrangère. Ils en prirent ombrage. Mais pas ouvertement, ils se montrèrent amicaux et attirèrent Varus dans les bois. »

Là vint l’attaque foudroyante des Germains.

« Les Romains furent abattus l’un après l’autre. Par l’ennemi même que les Romains avaient jadis abattu comme du bétail. »

Dans un terrain qu’ils connaissaient, les trois légions Romaines présentes furent harcelées, séparées dans les bois, traquées et subirent un massacre pendant prés de trois jours ! Selon les écrits l’armée Romaine aurait compté prés de 30 000 hommes ! Cela en était fini de Varus et pour les siècles à venir de toute incursion Romaine en ces terres Germaines.
Varus se suicida sur sa propre épée et les Germains firent parvenir sa tête à l’Empereur Auguste qui n’aura de cesse ensuite d’être emporté par des cauchemars peuplés de ces « Barbares ». D’ailleurs Auguste hurlait pendant ses nuits :

« Quinctili Vare, legiones redde ! »
(Varus, rends-moi mes légions !)


Tibère lui-même dira, sans doute cachant lui-aussi son impuissance :

« Cette terre sombre et ses habitants imprévisibles ne valent pas le sang d’un seul légionnaire. »

Seul Tacite rendra cette victoire à la gloire des Germains :

« Le chef Chérusque Arminius avait osé défier le peuple Romain à l’apogée du pouvoir de l’Empire. Vainqueur des Romains, il fut sans conteste le libérateur de la Germanie. »

Les représailles Romaines


Les Romains auront pourtant après la défaite de Varus le désir de le venger.
En l’An 13 Germanicus reviendra dans la région et commandera au commandant Caecina, avec son armée de 80 000 hommes, de détruire les Chérusques. La défaite est tout aussi cinglante que sous Varus, mais Arminius ne peut compter sur la discipline des chefs Chérusques, qui n’auront de cesse de le trahir d’ailleurs, manquant ainsi l’occasion d’anéantir toute présence Romaine aux limes.

Les Insoumis


Les Chérusques auront donc marqué l’Histoire Germanique par leur caractère intransigeants et héroïques… ce qui demeure une légende un peu trop rapide.
En fait il est préférable de parler « de l’Insoumis »… Arminius. Ce « héros » (dans le sens d’avoir réalisé un exploit héroïque) a à lui seul redonner la noblesse passée des Chérusques en portant leur nom au plus haut, notamment pour les Romains. Traître pour les uns, opportuniste pour les autres, idéaliste et ambitieux sans nul doute, il n’en aura pas moins marqué l’Histoire et laisser son nom propre dans les Annales nébuleuses des Germains.
En effet c’est là presque la seule figure de cette civilisation a avoir incarné la résistance contre Rome lors de l’épisode de la « Bataille de Teutoburg ». (Article à venir).

Pour le reste, les Chérusques anonymes avant son règne auront regagné les mêmes ténèbres de l’oubli après sa mort.
Les castes de nobles et les luttes fratricides de la lignée royale ne les conduiront qu’à leur chute, raillés des autres Germains pour une part et forcés à l’exil. Qu’adviendra t-il du peuple ? On ne le sait, eux qui furent un jour tous insoumis par la volonté d’un seul !

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