Champs Catalauniques

Les Champs Catalauniques sont le lieu où s'est déroulé durant l'été de l'An 451 CE l'une des plus grandes batailles de l'Europe Antique, sinon LA plus grande.
Elle demeure méconnue si ce n'est par l'un des belligérants demeuré lui très célèbre, Attila !
Mais au-delà c'est ce que les Historiens avertis comptent parmi les principaux événements ayant amené la chute de l'Empire Romain tout entier… et ceci malgré la victoire Romaine ! Plus méconnue encore est que cette fameuse bataille marqua également la chute des ambitions impériales et d'unité des Germains !

Drôle de bataille qui vit deux civilisations s'effondrer, leurs deux chefs de guerre (Aetius et Attila) n'être ni vainqueur ni vaincu et les deux empires disparaître ! Si on ajoute à cela que cet évènement se déroula entre deux éclipses, phénomènes extrêmement rares, on y voit là une histoire qui mérite d'être remis à la mémoire de tous…

Les Champs Catalauniques sont donc le nom donné aux champs de batailles ayant vu sur leur sol la dernière confrontation entre les Romains et les Germains de l’Antiquité. D’ailleurs cette bataille est à la fois la plus grande d’Europe de cette période de l’Histoire et la plus méconnue quant aux rivalités en présence !

Les Historiens se servent de ce repère chronologique comme terme de l’Antiquité et comme début du Haut Moyen-âge parmi d’autres évènements. Cette bataille dite des « Champs Catalauniques » se déroula peut-être entre le 20 et 22 septembre de l’An 451 CE (bien que l’on donne également la date du 20 Juin 451), l’année étant plus certaine ainsi que la saison d’automne ou fin de l’été.
Les écrits à son propos ont toutefois plus laissé dans les mémoires un duel entre les chefs des deux camps en guerre en la personne d’Aetius, dit le « Dernier des Romains » et Attila le « Fléau de Dieu », roi des Huns. Pourtant au-delà de cette simplification symbolisée par ce duel, la bataille des Champs Catalauniques fut celle de deux civilisations et de deux empires pour la suprématie …

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Le contexte historique

En l’An 451 CE, tout l’Empire Romain tremble sur ses fondations, en proie à un schisme important, à la menace toujours plus forte des Germains et à la terreur d’être envahi par Attila, dont la sinistre légende précède la venue.
Les Romains placent alors leur dernier espoir en leur plus brillant Général, le Glorieux Aetius auréolé de nombreuses victoires. Il est chargé d’arrêter Attila dans ses conquêtes et dès lors s’acquitte de cette tâche plus que tout autre, connaissant bien son ennemi. Attila de son côté ne représente pas une terreur pour tout le monde.
Ainsi de nombreux peuples Germains voient en lui un homme capable d’unir la Germanie chancelante, elle aussi, ravagée par de nombreux fléaux et guerres fratricides. D’ailleurs bien des Rois Germains lui font allégeance, essentiellement ceux de l’Est. Mais Aetius fait de même avec les Germains sous Foedus dits de Fédérés.

Attila ayant étrangement renoncé à attaquer Rome préfère conquérir la Gaule, là où l’attend Aetius… dès lors la confrontation devient inévitable entre les deux hommes mais aussi entre leurs alliés Germains dans cette lutte fratricide du pouvoir !

Le lieu de la bataille

Si l'on est certain que cette bataille se déroula en Gaule et plus particulièrement sur les terres de l’actuelle France, les sources divergent sur le lieu exact et, même si en fait il n’y eut pas plusieurs lieux et confrontations sur plusieurs jours.
Les Champs Catalauniques auraient pour origine le terme de « Duro Catalaunum » qui désignait la région de « Châlons-en-Champagne » à cette époque. Toutefois des fouilles archéologiques prouvant une bataille inouïe ont privilégiées des sites près de la ville de « Troyes » aux « Campus Mauriacius », le terme désignant les Champs Mauriacus. Cette double hypothèse pourrait donc bien en avaliser une troisième, celle de plusieurs lieux et champs de batailles… quoi qu’il en soit on a retenu pour l’Histoire celui des « Champs Catalauniques », plus par commodité que par souci d’exacte réalité géographique.

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Les Forces en présence

Troupes d’Attila

D’abord les Huns, son peuple, ne représentaient qu’une partie infime de son armée, ce qui relativise cette fameuse et terrible « horde sauvage » ! Bref, ses hommes étaient :

  • Les Huns (armée personnelle d’Attila)
  • Les Ostrogoths (les plus nombreux sous la conduite de leur Roi Valamir)
  • Les Gépides
  • Les Hérules
  • Les Skires
  • Les Ruges
  • Les Vandales (avec leur Roi Genséric)
  • Autres troupes des steppes et de l’Est de la Germanie, peut-être aussi des mercenaires et des Lètes.

Comme on le voit cette armée importante que l’on chiffrerait à 200 000 individus fait mieux comprendre la légende d’Attila et de la crainte qu’il inspirait à son passage. Mais sans ses alliés on ne peut comprendre la puissance redoutée du seigneur des Huns. En tous cas les Germains de l’Est alliés à lui désiraient en faire leur Empereur et en firent évidemment leur chef des armées.

Armée d’Aetius

Aetius comme on l’a vu fut le dernier espoir de Rome en ses généraux. Il était l’homme fort de cette époque et de cette fin des temps antiques. Son ancienne et écrasante victoire sur les Burgondes avait assis son autorité dans cette partie du monde, même parmi les Germains. Ainsi on trouve en son armée :

  • Les Légions Romaines (qu’il conduit lui-même)
  • Les Wisigoths (menés par leur Roi Théodoric 1er sans doute motivé également par la quête fratricide avec les Ostrogoths)
  • Les Burgondes (conduits par leur Roi Gunthar)
  • Les Francs (menés par le mythique Roi Mérovée)
  • Une coalition d’Alains, de Lètes, de mercenaires, de « Bagaudes » (bandes de pillards) et d’Armoricains (d’anciens Celtes).

Aucune source n’atteste malheureusement du nombre de combattants de l’Armée d’Aetius. Ainsi le chiffre d’environ 100 000 guerriers est parfois évoqué. Toutefois il est presque certain que les forces d’Aetius étaient moins importantes que celle d’Attila même si le rapport de ces mêmes forces fut égal, celles des Romains étant plus entraînées alors que celles composant l’armée menée par les Huns n’étaient parfois que des Germains en migrations…

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Les premières hostilités

Les premières hostilités débutent peut-être par une surprise inattendue.
En effet il semble que les Francs de Mérovée, lourdement armés, aguerris et bien équipés par Aetius, aient croisés un grand détachement de l’armée d’Attila, essentiellement composé de Gépides. Ceci se passe au soir de la première nuit de la Bataille.
Mais cette escarmouche prend des proportions incroyables et on aurait compté près de 30 000 combattants confondus qui s’entretuèrent jusqu’au matin laissant sur le champ de bataille près de 15 000 morts ou blessés ! (Peut-être doit-on y voir l’attestation que plusieurs « Champs » aient ainsi existé comme on l’a vu)

La Bataille

Ralenti par le nombreux bétail servant à nourrir son armée et par un butin fantastique remplissant nombre de chariots, Attila est vite surpris par l’arrivée de l’armée d’Aetius qui l’encercle en partie et lui coupe toute retraite. Le chef Hun se positionne alors dans une vallée, se réservant la partie la plus haute d’une colline la surplombant. Aetius faisant de même sur une colline en vis-à-vis.
La bataille commence dans l’après-midi par l’assaut des Wisigoths sur les Ostrogoths, les deux rois de ses troupes s’affrontant, Théodoric 1er mourrant sous le glaive de Valamir ! Un temps déroutées les troupes d’Aetius reculent pour se reconstituer puis repartent à l’assaut soutenues par les Burgondes et les Alains. Les Alains y subiront des pertes effroyables et l'Histoire ne mentionne d'ailleurs plus leur présence en Gaule après cette bataille !
Pourtant une percée extraordinaire des troupes Francs revenues sous la conduite de Mérovée enfonce les lignes des Germains d’Attila mises alors en déroute. Attila croit la fin proche et fait dresser un bûcher pour s’y jeter s’il devait se rendre !
La fin de la nuit passe dans un fracas d’épées et de cris puis vient le matin brumeux dévoilant bientôt qui d’Aetius ou d’Attila aura la Gloire de la victoire…

Vision romancée de cette bataille par Val des Hurles-Vents

A venir

Le combat final

Mais de combat final il n’y aura pas eu !
Le fils de Théodoric 1er, Thorismond, désirant venger son père avait préparé ses hommes pour attaquer les dernières positions Hunniques protégeant Attila. Mais Aetius le lui interdit et il lui intima l’ordre de battre en retraite… mais Thorismond avait également ses raisons. En fait on ne sait si mutuellement l’un et l’autre se craignait, Attila mort qui sait si l’envie de prendre le pouvoir n’aurait pas dégénéré davantage cette bataille terrible en pertes humaines.
Plus étrangement ce fut au tour de Mérovée de disparaître dans la nuit et au matin il n’était plus là ni une partie des Francs lui étant très fidèle !
Resta donc Attila et sa garde de Huns, les alliés Germains s’étant dispersés, et Aetius avec ses seuls légionnaires, ses auxiliaires étant partis à leur tour…

L’énigme

Et Aetius laissa partir Attila !
Cela reste une énigme de la bataille des Champs Catalauniques. Pourquoi Aetius laissa t-il partir celui qui voulait sa mort ? Le fait d’avoir vécu chez les Huns, d’avoir côtoyé Attila, d’avoir une descendance Germanique avait-il fait douter Aetius ?
Ou simplement la gloire d’Attila étant désormais altérée et sa grandeur ternie, la mort de ce dernier n’en aurait fait qu’un martyr pour les Germains qui auraient pu ainsi se réunifier ? On ne sait… toujours est-il qu’Aetius laissa repartir Attila loin de la Gaule et de la Germanie Rhénane !

Les conséquences

Comme on l’a vu l’énigme reste entière quant à la raison pour laquelle Aetius laisse Attila en vie.
Toutefois si on prend en compte qu’en 452 Attila attaqua l’Italie et gagna nombres villes et s’approcha de Rome, on comprend un peu mieux pourquoi. Peut-être qu’Aetius, qu’on appela le « Dernier des Romains » aura voulu faire comprendre qu’il était le seul à pouvoir détruire Attila et à protéger Rome. Lui seul pouvait être un Empereur aussi glorieux que le Grand César et sauver l’Empire Romain chancelant et divisé ! (Voir Aetius)
Mais Aetius aurait pu seulement désirer protéger les villes de la Gaule et de la Germanie Rhénane en ne faisant "qu'accompagner" Attila d'où il était venu, préférant ainsi "l'escorter" que l'attaquer…
Quant à Attila même s’il resta puissant il n’était plus un espoir pour les peuples Germains qui se délitèrent au gré de leurs migrations. Il prépara en l’An 453 CE une ultime stratégie de conquête de Rome mais il perdit mystérieusement la vie dans des circonstances troubles marquant là la fin de la menace sur l’Empire.
Pour sa part, Aetius, auréolé de gloire en Gaule et en Germanie s’apprêta à faire valoir ses victoires… mais il ne le pût car en l’An 454 CE l’Empereur Valentinien l'assassina de ses propres mains !

La Chute

Les conséquences des Champs Catalauniques et de la mort de ses deux « héros » marquent pour les Historiens l’un des événements majeurs de la fin de l’Antiquité. Aetius emporte avec lui tout espoir que l’Empire Romain ne survive tout comme Attila emporte avec lui les rêves d’une Germanie unie…
Cette date marque donc la chute de deux civilisations et de deux Empires même si l’un était déjà gangrené et l’autre balbutiant. En plus de la formidable bataille unique en Europe ayant confronté tant de guerriers, c’est donc la fin d’une ère et la chute d’un monde qui accompagne cette dernière confrontation entre les Romains et les Germains, caricaturée plus tard comme la cause des mœurs dégénérescentes de Rome et de la malignité des « Barbares » inhumains…
Cette vision fut longtemps celle de l'Eglise Catholique, qui parla de miracle contre le « Fléau de Dieu » pour appuyer l'influence des rois convertis au christianisme. En outre, Attila, revenu l'année suivante en Italie, fit demi-tour devant Rome après une entrevue avec le pape Léon Ier, qui se servit de cet évènement pour s'imposer comme chef spirituel de la chrétienté.

Le Mythe

Comme on l’a vu cette fantastique et terrible bataille aura bouleversé l’Europe pour longtemps et vu la chute prophétique des Germains.
Prophétique car elle n’est pas sans rappeler le Ragnarök sous cette version Evhémériste. Dans le mythe des Germains le formidable trésor d’Attila composé d’une longue cohorte de chariots a pu faire penser à la fameuse légende du Dragon Fafnir de l’Or du Rhin parfois attribuée également à celle des légions de Varus décimées par Arminius.
Ce fameux Or des Germains mais maudit qui dans le Mythe emporta Attila alors qu’Aetius ne l’aurait pas approché préférant le laisser au chef Hun, le Patrice Romain pouvant connaître la malédiction et préférant conquérir le pouvoir de Rome…
Mais pour revenir à la Prophétie des Germains, la Völuspà, voici l’une des dernières strophes à propos de la fin des temps :

Sous la mer, la terre coule, le soleil s'obscurcit,
Des cieux tombent les belles et brillantes étoiles ;
Jaillissent la vapeur et le feu dévorant,
Jusqu'au plus haut des cieux, montent les immenses flammes.


Et tout est là…
La mer symboliserait la masse incroyable de combattants et le sang des occis ce qui abreuvait la terre. Quant au brasier de flammes montant jusqu’aux cieux on y verrait là le gigantesque bûcher qu’avait provoqué Attila pour s’y jeter au cas où il lui aurait fallu se rendre.
Mais c’est le passage où « le soleil s’obscurcit » et où « Des cieux tombent les belles et brillantes étoiles ; » qui est le plus incroyable.
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En effet en cet An 451 CE il y eu des phénomènes extrêmement rares, en fait deux Eclipses de Lune que l’on situe pour la première en Avril et l’autre en Septembre. Mais à cela s’ajouta le passage d’une comète en Juin ou Juillet comme le note des astronomes et historiens :

"En la vingt-huitième année du règne de Valentinien III, Attila vint dans les Gaules et fut défait par Aetius. Une comète commença à paraître le 10 juin. Le 29 du même mois, après qu'on l'eut vue de grand matin à l'orient, on commença à l'observer du côté de l'occident, après le coucher du soleil. Le 1er août (lisez le 1er juillet), elle se montrait à l'occident."

Et cette comète n’est autre que celle de Halley, la grande menace des cieux pour les Hommes !

Ainsi il n’est pas étonnant que l’Histoire se soit mêlée étrangement à la Mythologie et les légendes à cette même Histoire !
Il est difficile de faire la part des choses à la lumière de tous ces événements ayant incroyablement « coïncidés » mais quoi qu’il en soit ce fut là une année marquant à jamais cette partie du monde…

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Source :

Source images dans l'ordre : Site Site image plaines Image diabolisé d'Attila Aetius Image médiévale de la bataille

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